Médicaments de longévité : des traitements du diabète à la recherche contre le vieillissement
Partie 4 sur 7 dans La science de la longévitéPlutôt que de traiter chaque maladie séparément, les scientifiques cherchent à savoir si le fait de cibler ces processus communs pourrait retarder ou prévenir plusieurs maladies à la fois.
- Les scientifiques cherchent à savoir si le fait de cibler la biologie commune du vieillissement pourrait retarder plusieurs maladies à la fois.
- La metformine, d’abord mise au point pour le diabète de type 2, est à l’essai pour ses effets possibles sur les maladies liées à l’âge.
- La rapamycine a prolongé la durée de vie dans des études chez l’animal, mais elle n’est pas approuvée contre le vieillissement chez les personnes en bonne santé.
- Les médicaments du peptide-1 apparenté au glucagon (GLP-1) sont étudiés pour des bienfaits au-delà de la perte de poids, notamment pour la santé du cœur et la santé métabolique.
- La plupart des résultats obtenus jusqu’ici proviennent d’études chez l’animal, de petits essais et de données d’observation : la prudence est donc de mise.
Bon retour dans notre série sur la longévité et le vieillissement!
Pendant la majeure partie de l’histoire de la médecine moderne, le vieillissement n’a pas été considéré comme quelque chose que les médecins pouvaient cibler directement. La médecine s’est plutôt concentrée sur chaque maladie séparément, en les traitant une à une à mesure qu’elles apparaissent.
Mais un nombre croissant de scientifiques se posent maintenant une autre question :
Et si nous pouvions cibler la biologie même du vieillissement?
Cette idée a donné naissance à l’un des domaines les plus discutés de la science de la longévité — l’étude de médicaments qui pourraient influer sur les processus du vieillissement et prolonger l’espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années vécues en bonne santé.
Pourquoi les scientifiques étudient les « médicaments de longévité »
Le vieillissement est le principal facteur de risque de nombreuses maladies chroniques. Des problèmes de santé comme les maladies cardiovasculaires, la maladie d’Alzheimer et le diabète de type 2 partagent des mécanismes biologiques communs, notamment :
- Inflammation chronique
- Dysfonctionnement métabolique
- Dommages cellulaires
- Déclin des mécanismes de réparation
Plutôt que de traiter chaque maladie séparément, les scientifiques cherchent à savoir si le fait de cibler ces processus communs pourrait retarder ou prévenir plusieurs maladies à la fois.
Selon le National Institute on Aging, cette approche marque un virage : traiter le vieillissement comme un processus biologique modifiable plutôt que comme un déclin inévitable.
La metformine : le premier « médicament de longévité »?
L’un des médicaments les plus étudiés en recherche sur la longévité est la metformine, un médicament mis au point à l’origine pour traiter le diabète de type 2.
La metformine aide à réguler la glycémie (taux de sucre dans le sang) et à améliorer la sensibilité à l’insuline, mais les scientifiques ont observé d’autres effets qui pourraient jouer un rôle dans le vieillissement. Ces effets comprennent une diminution de l’inflammation, une amélioration de la fonction métabolique et même une protection possible contre les maladies liées à l’âge.
Certaines études d’observation ont même laissé croire que les personnes diabétiques qui prennent de la metformine pourraient avoir un taux de mortalité semblable ou inférieur à celui des personnes non diabétiques, bien que ces résultats fassent encore l’objet de recherches.
Une importante étude clinique connue sous le nom d’essai Targeting Aging with Metformin (TAME) vise à vérifier si la metformine peut retarder l’apparition de plusieurs maladies liées à l’âge. Si l’essai réussit, il pourrait marquer un tournant dans la façon dont la médecine traite le vieillissement.
La rapamycine : cibler les voies de la croissance cellulaire
Un autre médicament qui suscite un intérêt considérable est la rapamycine, utilisée à l’origine pour prévenir le rejet des greffes d’organes.
La rapamycine agit en bloquant une voie cellulaire appelée cible mécanistique de la rapamycine (mTOR), qui régule la croissance et la synthèse des protéines. Comme nous l’avons vu dans l’article précédent de cette série, l’activation constante de mTOR a été associée à un vieillissement accéléré.
Dans des études chez l’animal, la rapamycine s’est révélée procurer les bienfaits suivants :
- Prolonger la durée de vie
- Améliorer la fonction immunitaire
- Retarder le déclin lié à l’âge
Des recherches publiées dans des revues comme Nature Aging présentent la rapamycine comme l’un des composés les plus prometteurs pour cibler la biologie du vieillissement. Toutefois, pour l’instant, en raison de ses effets secondaires, elle n’est pas approuvée à cette fin chez les personnes en bonne santé.
Les médicaments du peptide-1 apparenté au glucagon (GLP-1) : un nouveau champ d’intérêt
Plus récemment, des médicaments appelés agonistes des récepteurs du GLP-1 ont attiré beaucoup d’attention.
Des médicaments comme le sémaglutide et le liraglutide ont été mis au point pour traiter le diabète de type 2 et l’obésité, mais les scientifiques cherchent maintenant à savoir si leurs effets vont au-delà de la perte de poids. Ces médicaments agissent sur la régulation de la glycémie, le contrôle de l’appétit, l’inflammation et le risque cardiovasculaire.
Les premières données laissent croire qu’ils pourraient réduire le risque de maladie cardiaque et améliorer la santé métabolique, deux éléments étroitement liés aux processus du vieillissement.
Des établissements, dont la Mayo Clinic, ont souligné les effets plus larges de ces médicaments sur la santé, bien que leur rôle à long terme dans la longévité fasse encore l’objet de recherches actives.
Les sénolytiques : éliminer les cellules endommagées
Un autre domaine de recherche émergent porte sur les sénolytiques — des composés conçus pour éliminer les cellules sénescentes.
Comme nous l’avons vu dans la partie 1 de cette série, les cellules sénescentes sont des cellules endommagées qui cessent de se diviser, mais qui restent dans l’organisme et libèrent des signaux inflammatoires qui contribuent au vieillissement. Les thérapies sénolytiques visent à ralentir le vieillissement en éliminant ces cellules dysfonctionnelles afin de réduire l’inflammation globale et d’améliorer la fonction des tissus.
Les premières études chez l’animal ont donné des résultats prometteurs, notamment une amélioration de la fonction physique et une durée de vie prolongée. Les essais chez l’humain n’en sont qu’à leurs débuts, mais l’intérêt pour ce domaine croît rapidement.
Des organisations comme la Mayo Clinic participent activement à des programmes de recherche sur les sénolytiques.
L’engouement face aux données probantes
Malgré l’enthousiasme, il est important d’aborder les médicaments de longévité avec prudence.
Bon nombre des résultats les plus prometteurs avancés jusqu’ici proviennent d’études chez l’animal, de petits essais chez l’humain et de données d’observation. De grands essais cliniques sont encore nécessaires pour déterminer l’innocuité à long terme chez l’humain, les doses appropriées et qui pourrait bénéficier le plus de ces composés.
Un débat se poursuit aussi sur la question de savoir si le vieillissement devrait être classé et traité comme une maladie, une étape qui changerait considérablement la façon dont les traitements sont approuvés et réglementés.
Les organismes de réglementation comme la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis ne reconnaissent pas actuellement le vieillissement lui-même comme un problème de santé pouvant être traité, ce qui limite la façon dont ces médicaments peuvent être étudiés et commercialisés.
Un virage vers l’intervention préventive
Malgré ces limites, la recherche sur les médicaments de longévité reflète un virage plus large en médecine. Au lieu d’attendre qu’une maladie se développe, les scientifiques misent de plus en plus sur l’intervention précoce — cibler les processus biologiques qui sont à l’origine de la maladie.
Cette approche rejoint de près les principes de la médecine préventive, qui sont les suivants :
- Repérer tôt les facteurs de risque
- Intervenir avant l’apparition des symptômes
- Maintenir et gérer à long terme le fonctionnement des principaux organes du corps
Les médicaments de longévité pourraient un jour faire partie d’une stratégie plus large qui comprend les habitudes de vie, le suivi et des soins personnalisés.
La suite
Même si les médicaments de longévité font les manchettes, ils ne sont qu’une pièce du casse-tête.
Dans le prochain article, nous nous pencherons sur la médecine préventive; nous explorerons les données probantes sur les changements aux habitudes de vie, le dépistage précoce et les stratégies de santé personnalisées qui peuvent aider à prolonger non seulement la durée de vie, mais aussi la qualité de vie.
Sources
https://www.nia.nih.gov/research/dab/targeting-aging
https://www.afar.org/tame-trial
https://www.nature.com/articles/s43587-020-00001-7
https://www.mayoclinic.org/drugs-supplements/metformin-oral-route/description/drg-20067074
https://www.fda.gov/drugs
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6814388/
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6448770/
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un médicament de longévité?
Ce terme désigne des médicaments étudiés pour leur capacité possible à influer sur les processus du vieillissement et à prolonger l’espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années vécues en bonne santé. Bon nombre d’entre eux ont d’abord été mis au point pour d’autres problèmes de santé, comme le diabète de type 2 ou le rejet de greffe d’organe.
La metformine est-elle approuvée comme traitement contre le vieillissement?
Non. La metformine a été mise au point pour traiter le diabète de type 2, et une importante étude clinique connue sous le nom d’essai Targeting Aging with Metformin (TAME) vise à vérifier si elle peut retarder l’apparition de plusieurs maladies liées à l’âge. Les organismes de réglementation ne reconnaissent pas actuellement le vieillissement lui-même comme un problème de santé pouvant être traité.
Les médicaments de longévité sont-ils prêts pour un usage courant?
Pas encore. Bon nombre des résultats les plus prometteurs proviennent d’études chez l’animal, de petits essais chez l’humain et de données d’observation, et de grands essais cliniques sont encore nécessaires pour répondre aux questions sur l’usage à long terme et sur les personnes qui pourraient en bénéficier le plus.
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